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- Alfredo Mayo -
1949
Paix
(Titre original : Paz)
paz_de_jose_diaz_morales_1949
Affiche originale du film  "Paz" (1949)  dessinée par  Ramón Litográfica

de José Diaz Morales

Argument original : Joaquín Romero Marchent
Adaptation & dialogues
: Antonio Abad Ojuel &  Ricardo Toledo
Scénario technique :  José Díaz Morales
Directeur de la production
:Joaquín Romero Marchent
Chef de la p
roduction : A. Cienfuegos
Conseiller militaire :  E. Benzo
Script : Carmen Salas
Premier adjoint de direction
: Joaquín Luís Romero Marchent
Adjoint de production
: Felipe Mayo
Régisseur : E. Martínez
Opérateur : Alfredo Fraile
Décors de Escriña & Salvá réalisés par  Castro Viejo
Son : A.F. Roles  &  Felipe
ez
Second opérateur : César Fraile
Photo fixe : Pacheco - Montage : Serra
Costumes : H. Cornejo - Meubles & accessoires : V
ázquez &  Mensíbar
Maquillage : Carlos Nin - Coiffure: Manon
Musique & direction musicale: Maître Parada
Chansons :
"Lisboa antigua" (Ivonne Lamar & Firmín Arribas)
"Campanitas de mi aldea " (F. Will & Coro)
Chotis "Madrid" de Agustín Lara interprété par Ana María González
Ballet de Celia Gámez avec Teresita Arcos

Studios Roptence - Laboratoires : Madrid Film
 Production: Intercontinental Films
Distribution: Filmófono S.A.


Interprètes:

Rafael Durán (Jean Vaincu/Raúl Storni), Alfredo Mayo (Frédéric), Pepe Nieto  (Le médecin major), Emilia Guíu (Hélène), María Rosa Salgado (la fiancée de Raoul), José María Lado (Le maître chanteur de Raoul) , Rafael Romeo Marchent, Raúl Cancio (Le soldat amputé des deux jambes), José Jaspe, Ramón Martori, Pacita de Landa, Félix Fernández, Antonia Plana, Vera Mendi, Rafael Bardem (noté Barden au générique), Félix de Pomés, Ricardo Calvo, Mariano Asquerino.

35 mm. Noir et blanc.
Durée d'origine : 76 minutes
Sortie le  25 novembre 1949 à Madrid



Feuillet publicitaire du film "Paz" de José Díaz Morales  
pour une séance (localité non mentionnée)  le 4 octobre 1950
À noter qu' Emilia Guiú y est mentionnée comme "La belle étoile mexicaine" 

L'HISTOIRE

L'armistice vient d'être signé et d'ici quelques heures un pays européen (Supposé être l'Allemagne, mais elle n'est pas expressément nommée) va passer sous le contrôle des vainqueurs (dont les nationalités ne sont pas non plus précisées mais l'on parle de forces de l'ouest et de l'est). Le commandant en chef vaincu dit en signant la capitulation: "enfin la paix", le vainqueur lui répond :" Dîtes, la défaite définitive". 

Raoul Storni (Rafael Durán), un civil,  rentre chez lui  et déclare à sa mère : “La guerre, ce n'est pas si mal, si on sait tirer profit des opportunités... J'ai des devises placées à l'étranger, et ..." Mais les dernières bombes du conflit tombent sur la capitale et provoquent la mort de la mère de Raoul. Lui, il sort vivant des décombres mais est devenu amnésique. Il n'a pour tout souvenir qu'une petite statue, désormais sans tête, de la victoire de Samothrace. En sauvant une petite fille alors que les chars des vainqueurs rentrent dans la ville (scène de la poupée de la petite fille écrasée par les chenilles des tanks), Raoul fait la connaissance d'Hélène ( Emilia Guiú ), une compatriote soldat. Elle le conduit avec la petite fille à un hôpital installé dans une église et dont un médecin major (Pepe Nieto) des "forces de l'ouest" a pris la direction. Il ne croit pas Raoul Storni quand celui-ci lui dit ne pas savoir qui il est. Pour en finir avec les interrogatoires, il sort du bureau avec le nom de Jean Vaincu. Dans les salles des malades nous faisons la connaissance d'un soldat du camp des vaincus (Raúl Cancio) qui se déplace sur une chaise roulante mais qui malgré l'amputation de ses deux jambes garde le moral.   Bientôt le médecin major annonce que les "forces de l'est" vont prendre possession de l'hôpital, ce qui provoque la panique et les malades et leurs familles tentent de quitter très vite les lieux mais déjà les soldats de l'est sont à l'entrée. Leur officier veut que les civils s'en aillent et en particulier la mère âgée d'un tout jeune soldat. Ce qui entraîne des protestations et du tumulte et finalement l'officier tue avec son pistolet la vieille femme.  Hélène, Raoul et la petite fille (qui mourra de ses blessures un peu plus tard) réussissent à s'enfuir et rejoignent Pierre, un soldat, le jeune frère d'Hélène, et Frédéric (Alfredo Mayo ), un autre militaire mais plus aguerri qui a volé un camion et qui les emmène vers la frontière car ils espèrent tous quitter le pays désormais dirigé par les forces étrangères de l'est (cela ressemble aux soviétiques mais le mot n'est jamais utilisé). Alors que leur essence est épuisée, ils s'arrêtent près d'une église. Raoul et Hélène y entrent et demandent au prêtre de bénir leur mariage. Il leur répond que dans le cas particulier d'un homme sans mémoire et peut-être avec des liens antérieurs, il faut attendre que les choses s'éclaircissent. Cependant devant un grand  Christ crucifié, le couple se dit engagé. Pendant ce temps Frédéric et Pierre ont réussi à voler un bidon d'essence à une patrouille de l'est. Mais ils sont poursuivis et les soldats arrivent à l'église où ils tuent le prêtre qui ne veut pas dénoncé les fuyards. Les quatre amis qui ont réussi à s'enfuir décident alors que Frédéric parte avec Hélène pour la mettre en lieu sûr et que Raoul et Pierre fassent une diversion. Ils se donnent rendez-vous dans un lieu précis d'un port où ils doivent embarquer, les premiers arrivants attendant les autres. Pierre et Raoul se retrouvent prisonniers (Scène du tribunal militaire où derrière les juges l’on voit une grande carte de l’Europe avec les lettres URS. qui barrent la moitié du mur , et où Jean dit qu’il se considère comme un soldat innocent qui a servi sa patrie, il n’est qu’un soldate vaincu, rien de plus). La sentence tombe et les soldats emmènent les deux hommes vers un lieu inconnu. Durant le voyage, ils arrivent à s’échapper mais les gardiens les poursuivent et leur tirent dessus. Ils les laissent morts dans une maison démolie par la guerre. Une fois encore Jean/Raoul survit avec seulement une blessure et en sortant de sa syncope la mémoire lui revient . Il réussit à gagner un port et entre dans un bar où sont déjà installés à une table Hélène et Frédéric. Hélène parle à Frédéric d’un pays (ses paroles sont remplacées par une courte scène avec un beau paysage maritime, un voilier et un quai), mais Raoul ne les voit pas. De toute manière il ne se rappelle plus la période de sa vie où il se faisait appelé Jean Vaincu. Et il sort bientôt de la taverne. Pauvre parmi les pauvres, il donne cependant une pièce à une petite vieille qui bien qu’appartenant au camp des vainqueurs doit mendier pour survivre. Raoul parle alors de "Paix méprisable".

Le changement de thème se fait avec des extraits de films d’actualité de la seconde guerre mondiale qui montrent des soldats allemands, britanniques, le débarquement en Normandie, le défilé de la victoire à New - York, etc.

Hélène ( Emilia Guiú ) et Frédéric (Alfredo Mayo) attendent
Jean Vaincu (Rafael Durán)
Frédéric (Alfredo Mayo) essaie de convaincre Raoul  Storni autrefois
Jean Vaincu (Rafael Durán)
Hèlène (Emilia Guiú )  trouvera le bonheur avec Raoul grâce
à 
 Frédéric (Alfredo Mayo)

Dans la seconde partie du film, nous retrouvons Raoul Storni, en homme d’affaires très riche. Son précepte est « se faire fort avec l’arme du siècle, l’argent, toujours l’argent ». Et il vend des armes, des céréales, du pétrole et spécule à la Bourse. Mais malgré ses succès, il est toujours menacé par un homme interprété par  José María Lado qui le fait chanter. Ce dernuer l’a en effet aidé à sortir de son pays natal, mais non sans obligation de trafics louches. Il le harcèle notamment une nuit où Raoul est dans un cabaret avec son amie du moment (María Rosa Salgado). On peut supposer qu’il est désormais installé en Suisse car sur le support du micro de la chanteuse (Ana María González), on peut lire “Radio Suisse”. 

Mais Hélène qui se trouve aussi réfugiée dans le même pays toujours non expressément désigné, réussit à rencontrer Raoul dans son immense bureau d’homme d’affaire. Elle essaie de lui faire comprendre qu’ils se sont jurés amour et fidélité mais Raoul ne l’admet pas. Plus tard intervient Frédéric qui n’arrive pas non plus à faire recouvrer la mémoire à Raoul. Ce dernier pense que Frédéric aime Hélène et que c’est l’unique explication de son intervention mais Frédéric ne répond pas à cette question directement posée, même si l'on comprend bien ses véritables sentiments.

Quelques jours plus tard, nous voyons Raoul qui se trouve à la Bourse et qui semble perdre beaucoup d’argent tandis que descend la cotation de ses actions. Quand il est sur le point de prendre un ascenseur, il échappe à un attentat (c’est le jeune garçon d’étage qui meurt à sa place). Mais il est bientôt blessé d’une balle alors qu’il téléphone dans une cabine publique. Il se réfugie alors dans le chalet de Frédéric et lui dit : "Je dois fuir, toujours fuir. Je viens renoncer à elle, à mes côtés, elle sera malheureuse. Je cherche la paix". Mais alors qu'Hélène arrive, Raoul sort toujours poursuivi par son maître chanteur qui va lui tirer dessus. Frédéric plus rapide tue le maitre-chanteur avant que celui-ci ait pu accomplir son geste. Le film se termine sur la scène d’ Hélène et de Raoul qui s’embrassent sous la protection d’un grand calvaire, dans un paysage enneigé. Le dialogue se conclut par « C’est dans un lieu chrétien qu’est le bonheur. Allons loin dans un petit coin de paix, en Espagne ».

Affiche de reprogrammation du film "Paix"   de José Díaz Morales
(Années 60)


REMARQUE SUR LE FILM  "PAIX" (1949) 
DE JOSÉ DÍAZ MORALES


1.- Le contexte des années 40 en Espagne

Alors que les États-Unis vont rester en dehors de la seconde guerre mondiale jusqu’en décembre 1941, le tout puissant Hitler contrôle déjà presque toute l'Europe continentale par l'intimidation ou la force (Autriche, Tchécoslovaquie, Pologne, Norvège, Danemark, Pays Bas, Belgique, France, …), par l’alliance du plus fort au plus faible (Hongrie, Roumanie,…) ou par l’intermédiaire de ses alliés, soviétique (jusqu’au 22 juin 1941) et italien (jusqu'au 25 juillet 1943 si on excepte la République de Salò). 

Le général Franco, chef du récent État Espagnol né de la guerre civile (1936-1939), rencontre le chancelier allemand le 23 octobre 1940 à la dernière gare française avant la frontière espagnole (Entrevue d' Hendaye). L’habilité du général Franco, malgré ses orientations politiques, fut alors de permettre à son pays de ne passer que de la position de neutralité (4 septembre 1939) à celle de non belligérance (Avec en particulier la récupération de Tanger, ville marocaine au statut spécial, entre le 10 juin 1940 et le 18 septembre 1945; et le contingent espagnol envoyé sur le front de l’Est avec la constitution principalement de la “Division bleue” le  27 juin 1941 - dissolution le 17 novembre 1943). Mais Hitler ne réussit pas à faire rentrer l'Espagne dans la guerre, et le pays ne fut ni traversé ni occupé par la Wehrmacht

Malgré la position espagnole et le caractère franchement anticommuniste de l’État Espagnol vis à vis de l’Union Soviétique alliée très efficace d’Hilter jusqu’en 1941 (“Partition” de la Pologne, “récupération” de la Finlande et du nord de la Roumanie), et plus tard véritable vainqueur de la seconde guerre mondiale ("Cession" de l’Europe centrale et orientale à Yalta en 1945). L’Espagne se trouve, dans la seconde moitié des années quarante, complètement isolée. La France, qui a pourtant reconnu le nouveau régime dès le 27 février 1939, lui ferme ses frontières du 1er mars 1946 au 10 février 1947, et en avril 1946 l’Organisation des Nations Unies, recommande à ses membres de retirer ses ambassadeurs présents en Espagne (Retour en 1951). Ce qui conforte les exilés républicains mais, ulcèrent évidemment les Espagnols restés au pays, un pays déjà dans une situation économique désastreuse, des Espagnols qui se trouvent soumis à un embargo économique qui nous paraît aujourd’hui totalement injustifié. Pourquoi une telle différence de traitement ? Et l’on peut penser qu’il s’agissait plus des conséquences de l’influence de l’Union Soviétique que des bons sentiments des nations décidées à appliquer une politique pacifique impartiale et juste en faveur du nouvel ordre mondial.

Cette longue digression, pour expliquer qu’en Espagne à cette époque, il était plus que naturel de tourner des films qui étaient à contre courant et qui allaient avoir souvent pour thème des thèses opposées au "bolchevisme" et à ses conséquences jugées particulièrement néfastes, mais aussi à un certain affairisme triomphant.  Et alors qu’en France et en Italie la représentation communiste était importante dans les gouvernements et assemblées (et même en Grande Bretagne le parti travailliste était prédominant), et les membres de l' "intelligentsia" de l'Europe de l'Ouest très favorables à l'URSS (Notamment en France où certains avaient pourtant connu une vie artistique publique sous l'occupation allemande),  l’Espagne, à la fin des années quarante et dans les années cinquante, allait devenir pour des Européens de l’Est (Roumains, Hongrois, Tchécoslovaques, le propre roi des Bulgares, etc.) le "dernier refuge sur la terre..." 

2.- Le film

Paz(1949) de José Díaz Morales est sans le moindre doute un film au service d'une cause et son scénario souffre d'un thème initial trop didactique. Les scénaristes ont en effet développé une histoire, “tirée par les cheveux”, qui ne met pas directement en scène des Espagnols comme dans "Boda en el infierno" (1942) avec Conchita Montenegro et Pepe Nieto ou plus tard "Embajadores en el infierno" (1956) avec Antonio Vilar et Rubén Rojo.  Ils ont imaginé le synopsis à partir d'axiomes simples: la guerre résulte de l'ambition. Les vainqueurs n'ont pas tous les droits. La paix ne se construit pas sur l'humillation et un nouveau maître, l'argent, mais sur les vraies valeurs chrétiennes. Un coin de paix, alors : l'Espagne. 

3.- Le metteur en scène et les acteurs

Le réalisateur de " Paz ", José Díaz Morales, un Espagnol né à Tolède en 1908, a commencé dans les années quarante une carrière de cinéaste (scénariste et metteur en scène) au Mexique avec en particulier,  « Jésus de Nazareth » interprété par un Espagnol né en Argentine, José Cibrián. José Díaz Morales va tourner jusque dans les années soixante-dix. Sa filmographie comprendra 91 films tous faits au Mexique, à l'exception de trois réalisés en Espagne en 1949: l'adaptation d'une opérette très connue,  “La revoltosa” avec Marujita Díaz, “Paz” déjà cité, et  “El capitán de Loyola” avec Rafael Durán dans le rôle de Saint Ignace de Loyola  (1491-1556), fondateur de la compagnie de Jésus.

Notre impression générale sur ce film est donc qu'à cause du  thème imposé, les acteurs principaux semblent avoir du mal à trouver leur place dans le scénario qui manque de réalisme. Une  histoire contemporaine dans des pays étrangers anonymes, ce n'était vraiment pas facile à gérer!
Cependant dans le film " 
Paz " (1949) de José Días Morales nous découvrons Emilia Guiú, une Española émigrée au Mexique, elle aussi au début des années quarante. C'est son premier et unique long métrage tourné dans son pays natal. José María Lado, un acteur espagnol né à Cuba, y joue un maître-chanteur très convaincant. Rafael Durán avec sa voix tranchante caractéristique donne crédibilité et humanité à son double personnage d'homme sans repère ou de requin de la finance.Et bien sûr Alfredo Mayo qui cache son amour pour Hélène et se sacrifie pour que son amie rencontre le bonheur avec Raoul, nous plaît infiniment, même si nous aurions bien aimé qu'il ait le double rôle de Durán

4.- Conclusion

Effectivement il ne s'agit pas d'un chef d'oeuvre, et aujourd'hui on peut lire en Espagne des critiques sévères sur ce film jugé particulièrement orienté et déjà en décalage avec son époque à sa date de sortie. Mais c'est pourtant un vrai témoignage d'un certain cinéma espagnol. De ce fait il présente un intérêt documentaire évident et en outre il se laisse voir sans ennui. Il met également en avant des valeurs comme la fidélité à l'être aimé, la loyauté à l'ami, la condamnation de l'argent facile...Il est sans doute nécessaire de découvrir par soi-même  "Paz" (1949) de José Díaz Morales pour se faire son idée. 


Pochette VHS  "Paz" de José Díaz Morales  
Clásico Español - © Edición española – Divisa Ediciones 1996
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Page créée : le 30 mai 2008 - Dernière version : le 30 mai  2008
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