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- Alfredo Mayo -
1963
Cyrano et d'Artagnan
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Affiche originale espagnole (1964) avec une faute (Michele Simon au lieu de Michel Simon)

Autres titres: Cyrano y d'Artagnan
Cyrano e d'Artagnan
-  Cyrano contro d'Artagan
Cyrano und d'Artagnan/Supernase mit Schwert und Degen
Cyrano és d'Artagna, Cyrano ja d'Artagnan,

 Genre : fantaisie historico-littéraire
 cyrano_e_d_artagnan-abel_gance
Publicité française et affiche italienne 


Réalisateur : Abel Gance
Assistanté de Nelly Kaplan

 Scénario et dialogue:
Abel Gance
Adaptation pour la version espagnole:
Rafael García Serrano, José Luis Dibildos

Co-production franco-hispano-italienne:
C.I.R.C.E. Productions
Compagnie Internationale Renaissance Cinéma Epique
& Laura Films  (France)
Agata Films (Madrid)   
Compagnia Cinematografica Champion  & 
GESI Cinematografica  (Italie)
 Directeur de production :Armand Becué   
 Directeur de la photographie : Otello Martelli   
 Directeur de la photographie: Raymond Picon-Borel   
 Compositeur de la musique :Michel Magne
Décorateur: Jean Douarinou
Monteur : Abel Gance,
Nelly Kaplan, Eraldo Da Roma
35 mm.
Couleurs: Technicolor (copies en eastmancolor) - Panoramique
     Durée d'origine : 123 minutes

Tournage d'octobre 1962 à juin 1963

Premières:
le 22 avril 1964  à Paris
25 septembre 1964 à New-York
le 02 novembre 1964 à Madrid (Cine la T
orre de Madrid)
   


Publicité italienne

I.- Distribution


José Ferrer (Cyrano de Bergerac), Jean-Pierre Cassel (d'Artagnan), Daliah Lavi (Marion Delorme), Sylva Koscina (Ninon de Lenclos), Michel Simon (Monsieur de Mauvières),  Barta Barri (Tréville),  Franco Bevardi (Aramis), Francisco Cebrián (Mazarin),  Henri Crémieux (Messire Jean),  Carlo Dori (Linières), Gabrielle Dorziat (Françoise d'Artagnan), Ivo Garrani (Laubardemont), Guy Henry (Athos),  Josette La Roche (Duchesse de Chevreuse), André Lauriault (La Colombe),  André Lawrence (Duc de Segorlie), Julián Mateos (Cinq-Mars),  Diego Michelotti (Scarron),  Bob Morel (Porthos), Philippe Noiret (Louis XIII),  Massimo Pietrobon (Saint-Simon),  Polidor (Théophile), Rafael Rivelles (Richelieu), Laura Valenzuela (Anne d'Autriche),  Mario Passante (père Jean),  David Montemuri ( Scaramouche), 
Vincent Parca (Peut-être Vincente Parra - Ami de Cinq-Mars - Malheureusement nous n'avons pas de souvenir de sa présence à l'écran), José Jaspe, Enrique Avila, Vanni Lisenti, Jesús Puente, Jacinto San Emerito
, Nando Angelini, Fernando Caiati et ... Alfredo Mayo (un conjuré anonyme !) 

II.- L'histoire

En 1642, quittant leur Gascogne natale, Cyrano de Bergerac (José Ferrer) fait ses adieux à Monsieur de Mauvières (Michel Simon), tandis que d'Artagnan (Jean-Pierre Cassel), prend congé de sa mère Françoise d'Artagnan (Gabrielle Dorziat). Tous deux vont tenter leur chance à Paris.  Les deux Gascons se rencontrent en chemin au cours d'un voyage semé d'embuches.  Arrivés à Paris, Cyrano de Bergerac se met au service du Cardinal de Richelieu (Rafael Rivelles), puissant ministre de Louis XIII (Philippe Noiret), et d'Artagnan devient mousquetaire du Roi et sert la Reine, Anne d'Autriche (Laura Valenzuela) . Mais les complots vont bon train  pour destabiliser le Royaume. Notamment un certain Cinq-Mars (Julián Mateos) rassemble les conjurés, parmi eux un noble joué par Alfredo Mayo.


[Voir scène du film dans les souterrains du château]

Mais nos deux amis ont une vie amoureuse également bien remplie notamment avec deux courtisanes, Ninon de Lenclos (Sylva Koscina) et Marion Delorme (Daliah Lavi), chacun aimant l'une mais étant aimé de l'autre.

Après moult péripéties comprenant coups d'épée, poursuites et chevauchées,  mais aussi fréquentation des alcolves, d'Artagnan et surtout  Cyrano de Bergerac regagneront leur province natale, pas forcément plus riches mais en ayant vécu bien des aventures. 


III.- Remarques sur le film
Si vous êtes pressés, utilisez les liens...
Mais vous pouvez aussi lire toutes les rubriques!

Les sources littéraires Les vrais personnages
Le film Les acteurs
Le metteur en scène  Abel Gance Edmond  Rostand et  Cyrano
La tirades des nez


3.1.-  Ses sources romanesques

Le film est très librement inspiré des biographies de
Cyrano de Bergerac et de d'Artagnan qui vécurent au XVIIème siècle.
Ces mêmes personnages  étaient devenus, dès le XIXème siècle, et déjà 
avec une grande liberté par rapport à la vérité historique, des héros de roman ou pièce de théâtre à succès.

les3mousquetaires
Ed. Librio
Photo - Théâtre Mogador - Paris 1983
Jacques Weber & Charlotte de Turckeim
Les trois mousquetaires,
roman-feuilleton (1844)
d'Alexandre Dumas
(1802-1870)
Cyrano de Bergerac,
pièce
(1897)

d'Edmond Rostand
(1868-1918)

D'Artagnan contre Cyrano,
roman-feuilleton
(1925)
de Paul Féval fils
(1860-1933)



3.2.- Les vrais personnages
et  quelques repères pour complèter la présentation

  • d' Artagnan (Charles de Batz de Castelmore) - 1611-1673 -, il naquit au château de Castelmore, près de Lupiac en Gascogne. Quand il monta à Paris, il prit le nom de sa mère dont la famille était mieux introduite à la Cour. Militaire, il termina sa carrière comme gouveneur de Lille et mourut au siège de Maestricht - Pays Bas, après avoir servi pendant trente ans le Roi de France Louis XIV.  Alexandre Dumas s'en inspira lorsqu'il écrivit "Les trois mousquetaires" (1844).
  • Cyrano de Bergerac (Savinien de) - 1619-1655 -, naquit à Paris et non en Gascogne comme on le dit souvent. Il servit quelques années dans l'armée où il  se distingua pas son art de l'escrime. Il écrivit notamment des oeuvres satiriques, des comédies, (Le pédant joué - 1645), des récits imaginaires (L'autre monde - 1650) et une tragédie  (La mort d'Agrippine -1654). Edmond Rostand s'en inspira pour écrire sa célèbre pièce.
  • Louis XIII dit le Juste - 1601-1643 -,  roi de France à partir de 1610, à la mort de son père Henri IV assassiné par Ravaillac.
  • Anne d'Autriche - 1601-1666 -, épouse de Louis XIII et fille de Philippe III d'Espagne.
  • Richelieu (Armand Jean du Plessis de) - 1585-1642-, cardinal et ministre de Louis XIII à partir de 1624. Il oeuvra pour le bien de l'État, renforça le pouvoir royal, favorisa la Marine et l'implantation outre-mer (Nouvelle France, Louisiane, etc.). Il fut toujours soutenu par Louis XIII.
  • Cinq-Mars (Henri Coiffier de Ruzé d'Effiat, marquis de) - 1620-1642- , devenu favori de Louis XIII, il conspira contre Richelieu et fut décapité. Dans le roman homonyme (1826) d'Alfred de Vigny, la vérité historique n'est pas respectée lorsque l'auteur fait de Cinq-Mars une victime de l'autoritarisme de Richelieu et de la faiblesse de Louis XIII.
  • Ninon de Lenclos, (1620-1705), femme célèbre par son esprit et ses aventures galantes. Résolument "moderne" pour l'époque, elle tint un salon fréquenté par ceux qui se qualifiaient plutôt de libres-penseurs.
  • Marion Delorme (Marie de Lon, demoiselle de Lorme), 1611-1650-, issue d'une famille bourgeoise,  elle brilla tant par son esprit que par sa beauté. Très liée à Ninon de Lenclos, elle aurait eu pour amant Cinq-Mars et le duc de Buckingham. Elle inspira notamment le drame "historique" homonyme (1831)  de Victor Hugo et la Milady de Winter des "Trois mousquetaires" d'Alexandre Dumas!   

3.3.- Le réalisateur Abel Gance

Le mythique réalisateur, scénariste et producteur français Abel Gance (1889-1981) a parfois été comparé au Nord-Américain D.W. Griffith ou au Soviétique S.M. Eisenstein, par son esprit novateur et le gigantisme de ses projets et réalisations cinématographiques. 

Il devient célèbre avec "J'accuse" (1919) et son thème pacifiste.  L'énorme coproduction "Napoléon" (1927) avec Albert Dieudonné, et dernier grand film français de l'époque du muet, est sans doute son oeuvre la plus connue et la plus achevée. Mais sa carrière est dominée par des difficultés financières et des faillites liées à ses projets cinématographiques souvent pharaoniques. Très inspiré par Napoléon et les fresques historiques, mais aussi par les romans de cape et d'épée et les auteurs romantiques français, il tournera notamment "Lucrèce Borgia" (1935) d'après Victor Hugo, avec Edwige Feuillère;  "Le capitaine Fracasse" (1943) d'après Théophile Gautier, avec Fernand Gravey; "La tour de Nesle" (1954) d'après Alexandre Dumas, avec Pierre Brasseur,  et "Austerlitz " (1960) avec Pierre Mondy. 
Le cinéaste eut pour amie et collaboratrice dévouée Nelly Kaplan.

Abel Gance qui aurait aimé tourner un film avec Manolete en 1946-47 (projet abandonné à la suite de la mort du célèbre torero) retrouve l'Espagne en 1962 pour"Cyrano et d'Artagnan".  Le metteur en scène a déjà soixante-treize ans. Mais toujours passionné et exigeant, il veut une fois encore faire une grande réalisation et s'attaque à un projet de haut niveau, faire revivre des héros littéraires emblématiques. Il réunit non sans mal les capitaux français, italiens et espagnols et s'attache des acteurs connus de l'époque.  Il assurera lui-même le montage. Ce sera son dernier film pour le grand écran.

3.4.- Les  acteurs

3.4.1.- José Ferrer (1912-1992)

Le choix de l'acteur jouant Cyrano peut surprendre quand on sait qu'en 1642 (date du début de l'histoire dans le film), le vrai Cyrano n'avait que 23 ans. En effet Cyrano de Bergerac est interprété par José Ferrer, de  son vrai nom José Vicente Ferrer de Otero y Cintrón, prodigieux acteur nord-américain qui a vu le jour à Porto-Rico de parents bien sûr nés espagnols, mais qui a cinquante ans lorsqu'il travaille sous la direction d'Abel Gance.
L'acteur a
néanmoins déjà été couvert de récompenses en jouant Cyrano sur les planches new-yorkaises et au cinéma à Hollywood, dans des adaptations en anglais de la pièce d'Edmond Rostand.

  
Cyrano de Bergerac (1950), un film de Michael Gordon
d'après la pièce homonyme d'Edmond Rostand
Affiches espagnole et nord-américaine

Malheureusement dans le film "Cyrano et d'Artagnan" (version française), même si José Ferrer est sans doute un excellent comédien, ses tirades nous paraissent être bien longues et s'intercalent mal avec les scènes de cape et d'épée dans des décors "kitch" qui pourtant font vraiment le charme de l'oeuvre. Mais il est vrai que la pièce d'Edmond Rostand est tellement extraordinaire que toute autre histoire nous paraît bien terne à côté.

3.4.2.- Jean-Pierre Cassel (1932-2007)

Il correspond, quant à lui, tout à fait au véritable personnage puisqu'en 1642, d'Artagnan était trentaine. Il semble en effet avoir quitté sa province natale vers 1640. Jean-Pierre Cassel est parfait dans les scènes d'action même s'il reste malheureusement sous-employé en tant que comédien.

         
Pochettes espagnoles VHS (années 1990) et DVD DVD français
Une intéressante différence de présentation et de stratégie commerciale

3.4.3.- Les actrices

L'Italo-croate Sylva Koscina (La tsigane Sangare dans le film "Michel Strogoff" - 1960 -, avec Curd Jürgens et Geneviève Page) est Ninon de Lenclos. Elle a la voix de Martine Sarcey dans la version française. Son amie Marion Delorme est interprétée par l'actrice israélienne Daliah Lavi, la future James Bond girl de "Casino Royal" (1967) avec David Niven,  plus tard chanteuse très populaire en Allemangne. Sans doute très jolies ces actrices ne se sont pas vues confier des répliques très percutantes et elles paraissent bien fades par rapport à nos deux héros bondissants.... Nous leur préférerons notamment Claude Maurier dans son interprétation de Ninon dans "Indomptable Angélique" (1965)  de Bernard Borderie avec Michèle Mercier et Glaude Giraud. Mais là encore le problème du doublage n'arrange rien.

3.4.4.- Les rôles secondaires

Nous noterons les belles prestations de Gabrielle Dorziat (83 ans) et de Michel Simon, qui malgré des rôles très courts, ont le temps de s'exprimer avec originalité. Le grand Rafael Rivelles n'a pas bénéficié des mêmes tirades et reste  dans un rôle  malheureusement étriqué pour incarner Richelieu (Il a dans la version française la voix de Michel Etcheverry), de même que Julián Mateos et les autres Espagnols de la distribution.

"Cyrano et d'Artagnan" a du être amputé de plusieurs scènes pour donner  au film une durée plus compatible avec les exigences de l'époque.  Ce qui fait que notre acteur préféré, Alfredo Mayo, échappe de peu à la coupure fatale et son personnage n'est donc pas totalement escamoté au montage. Ouf !  Mais travailler sous la direction d'Abel Gance a du  être un spectacle assez unique...


Alfredo Mayo en conjuré fait face à Cinq-Mars (Julián Mateos  vêtu de noir)


3.5.- Et le film:  encore quelques remarques...

De son film le réalisateur dira lui-même :"Cyrano et D'Artagnan est un bon titre commercial, mais il peut être trompeur pour le public qui s'attend à découvrir en même temps "Cyrano de Bergerac" et 'Les trois Mousquetaires" et qui verra une gazette héroïco-comique, et non pas un film de cape et d'épée mais un film de cape et d'amour".

Pour notre part, au risque d'être sévères...Nous trouvons qu'Abel Gance qui semble avoir voulu préserver le côté théâtral de Cyrano et le côté feuilleton de cape et d'épée de d'Artagnan, tout en rajoûtant une histoire sentimentale croisée, n'a pas fait la meilleure oeuvre de sa filmographie. "Cyrano et d'Artagnan" reste souvent artificiel et même parfois pesant. En outre la distribution internationale imposée par la coproduction n'aide pas à la cohérence du jeu des acteurs. Les seconds rôles sont cependant de qualité et les décors très beaux. "Cyrano et d'Artagnan" est aussi, peut-être, l'un des rares films à avoir des dialogues en vers spécialement écrits pour le cinéma et non pas tirés d'une oeuvre théâtrale déjà existante.

"Cyrano et d'Artagnan" (1963) d'Abel Gance se laisse donc néanmoins voir avec un certain plaisir,  notamment parce que c'est également l'un  des derniers témoignages des grands films du genre avant qu'ils ne soient balayés par la "Nouvelle Vague".  Mais nous lui préférerons sans hésitation :
  • sur le grand écran,  le magnifique " Cyrano de Bergerac" (1990) réalisé par Jean-Paul Rappeneau, avec Gérard Depardieu dans le rôle-titre, entouré d'Anne Brochet (Roxane),Vincent Pérez (Christian)  et Jacques Weber (Comte de Guiche).


"Cyrano de Bergerac" (1990) de Jean-Paul Rappeneau


3.6.- Quelques premières de "Cyrano de Bergerac" d'Edmond Rostand et un autre personnage de papier que Cyrano aurait pu rencontrer.

edmond_rostand
Edmond Rostand 
(1868-1918)

Autres pièces célèbres de l'auteur  :  
Cyrano de Bergerac (1897) - L'aiglon (1900) - Chanteclerc (1910)

La première de "Cyrano de Bergerac" eut lieu le 28 décembre 1897 et c'est le grand comédien Constant Coquelin qui prononça le premier la fameuse "tirade des nez" que nous pouvons retrouver un peu plus bas et dont les subjonctifs imparfaits sont eux aussi plein de panache! La représentation eut lieu au Théâtre parisien de la Porte Saint-Martin dont Coquelin était aussi le directeur.

constant_coquelin_le_premier_cyrano 
Constant Coquelin (1845-1909), le "premier Cyrano"

La comédie d'Edmond Rostand fut très vite traduite et adaptée à l'étranger dès 1899, notamment à Madrid mais aussi à Londres, New-York etc;
La première espagnole eut lieu au "Teatro Espagnol" de Madrid le 1er février 1899 après qu'une traduction-adaptation, véritables prouesse linguistique, ait été faite en un temps record par Luis Vía, José Oriol Martí et Emilio Tintorer. Les premiers interprètes espagnols furent Fernando Díaz de Mendoza (Cyrano) et Maria Guerrero (Roxane).
En passant les Pyrénées, l'arrogance et l'esprit chevaleresque de Cyrano, un véritable homme d'honneur "très ibérique", rencontrèrent un immense succès, ce qui fit dire aux  Espagnols que Cyrano de Bergerac était chez lui en Espagne.


Un personnage qui nous fait également penser au magnifique héros de papier créé en 1996 par le romancier espagnol Arturo Pérez Reverte. En effet Cyrano (quoique plus jeune d'une bonne vingtaine d'années) aurait pu rencontrer le très fier mais au contraire du Francais, très taciturne Diego Alatriste y tenorio dont les aventures et vicissitudes ont connu en 2006 une grandiose adaptatation cinématographqie grâce à Agustín Díaz Yanes.

Vraiment notre Cyrano devenu célèbre grâce à la plume d'Edmond Rostand n'en a pas fini d'inspirer l'imaginaire des auteurs à la recherche d'une chevalerie parfois irrationnelle mais toujours pleine de générosité comme le montre le film "Cyrano Fernández" (2007) du Vénézuélien Alberto Arvelo Mendoza.


Aussi pour conclure, relisons encore une fois la fameuse "tirade des nez":

Cyrano de Bergerac
Premier Acte -
Scène IV
(Année 1640)


Le vicomte de Valvert
[...]
Vous...Vous avez un nez...heu...un nez...très grand.
[...]

Cyrano

Ah ! Non ! C'est un peu court, jeune homme !
On pouvait dire... oh ! Dieu ! ... bien des choses en somme...
En variant le ton, —par exemple, tenez :
Agressif : « moi, monsieur, si j'avais un tel nez,
Il faudrait sur le champ que je me l'amputasse ! »
Amical : « mais il doit tremper dans votre tasse :
Pour boire, faites-vous fabriquer un hanap ! »
Descriptif : « c'est un roc ! ... c'est un pic... c'est un cap !
Que dis-je, c'est un cap ? ... c'est une péninsule ! »
Curieux : « de quoi sert cette oblongue capsule ?
D'écritoire, monsieur, ou de boîte à ciseaux ? »
Gracieux : « aimez-vous à ce point les oiseaux
Que paternellement vous vous préoccupâtes
De tendre ce perchoir à leurs petites pattes ? »
Truculent : « ça, monsieur, lorsque vous pétunez,
La vapeur du tabac vous sort-elle du nez
Sans qu'un voisin ne crie au feu de cheminée ? »
Prévenant : « gardez-vous, votre tête entraînée
Par ce poids, de tomber en avant sur le sol ! »
Tendre : « faites-lui faire un petit parasol
De peur que sa couleur au soleil ne se fane ! »
Pédant : « l'animal seul, monsieur, qu'Aristophane
Appelle hippocampelephantocamélos
Dut avoir sous le front tant de chair sur tant d'os ! »
Cavalier : « quoi, l'ami, ce croc est à la mode ?

Pour pendre son chapeau c'est vraiment très commode ! »
Emphatique : « aucun vent ne peut, nez magistral,
T'enrhumer tout entier, excepté le mistral ! »
Dramatique : « c'est la Mer Rouge quand il saigne ! »
Admiratif : « pour un parfumeur, quelle enseigne ! »
Lyrique : « est-ce une conque, êtes-vous un triton ? »
Naïf : « ce monument, quand le visite-t-on ? »
Respectueux : « souffrez, monsieur, qu'on vous salue,
C'est là ce qui s'appelle avoir pignon sur rue ! »
Campagnard : « hé, ardé ! C'est-y un nez ? Nanain !
C'est queuqu'navet géant ou ben queuqu'melon nain ! »
Militaire : « pointez contre cavalerie ! »
Pratique : « voulez-vous le mettre en loterie ?
Assurément, monsieur, ce sera le gros lot ! »
Enfin parodiant Pyrame en un sanglot :
« Le voilà donc ce nez qui des traits de son maître
A détruit l'harmonie ! Il en rougit, le traître ! »
—Voilà ce qu'à peu près, mon cher, vous m'auriez dit
Si vous aviez un peu de lettres et d'esprit :
Mais d'esprit, ô le plus lamentable des êtres,
Vous n'en eûtes jamais un atome, et de lettres
Vous n'avez que les trois qui forment le mot : sot !
Eussiez-vous eu, d'ailleurs, l'invention qu'il faut
Pour pouvoir là, devant ces nobles galeries,
Me servir toutes ces folles plaisanteries,
Que vous n'en eussiez pas articulé le quart
De la moitié du commencement d'une, car
Je me les sers moi-même, avec assez de verve,
Mais je ne permets pas qu'un autre me les serve.

Edmond Rostand

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La pièce, comme lui l'avons déjà dit, fut représentée à l'étranger dès 1899 notamment à Madrid, Londres et New-York. Et si, par curiositié linguistique, vous voulez en lire l'adaptation de la "tirade des nez" :

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Si le sujet vous intéresse, vous pouvez consulter 
sur la toile les très excellentes pages de
www.cyranodebergerac.fr
et notamment celles concernant
les premiers interprètes de Cyrano à travers le monde


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Page créée le 28 octobre 2008 - Dernière mise à jour le 20 Juin 2009
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