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- Alfredo Mayo -
1971
El bosque del lobo
(Le bois du loup)
boque_del_lobo
Autre titre original: "El bosque de Ancines"

Mis en scène et produit par Pedro Olea

Prix  Saint Grégoire - Festival international du film de Valladolid -   1970


Adapté du roman de Carlos Martínez-Barbeito "Le bois d'Ancines"
Scénario de Pedro Olea et Juan Antonio Porto
Musique d'Antonio Pérez Olea   
Cinématographie de  Aurelio G. Larraya     
Montage de José Antonio Rojo assisté d'
Eduardo Biurrun     
Décors de  Pablo Runyán
Coiffures de Mercedes Guillot
Maquillage de 
Emilio Puyol
Directeur de production : Francisco Colombo assisté de Juan Casado
Directeur adjoint: 
Federico Canudas
Accessoiriste: José
Sánchez
Ingénieur du son :
Eduardo Fernández
Effets sonores: Luis Castro
Photographies fixes :Casimiro Dengra
Électricien :  Luis E. Ibáñez
Caméras: Nicolás Redondo - Diego Úbeda
Costumes : Lola Marquerie
Scripte:
María Teresa Font

Produit par AMBOTO, P.C., SL
Distribué par JOSE LUIS BARRIOS TREVIÑO

35 mm - Couleur: Eastmancolor-Panoramique
Durée d'origine : 87 minutes

Tourné en 1970 en studios et en décors naturels  en Galice (Santa Baya de Bola,  Celanova et Verin  dans la province d'Orense;  Becerrea dans la province de Lugo; et Tuy , dans la province de Pontevedra) et dans le Léon (Astirga).



Première en Espagne:
le 22 avril 1971
à Madrid (Cinéma Amaya)
le  04 novembre 1971 à Barcelone (Cinéma Comedia)

 

&

Distribution



José Luis López Vázquez (Benito Freire), Amparo Soler Leal (Pacucha), Antonio Casas (Le prêtre), Nuria Torray (Avelina), John Steiner (Robert, le pasteur anglican), Alfredo Mayo (Nicolás de Valcárcel), María Arias (La femme de Nicolás), Modesto Blanch, María de las Rivas, Inma de Santis (Teresita), Manuel Granada (aussi connu comme Paul Ellis), Emilio S. Espinosa, Rafael Hernández (Le sacristain), Víctor Israel (Lameiro), María Fernanda Ladrón de Guevara (Gabriela), Pedro Luis León (Minguiños), Lorenzo Rodríguez  (Benito Freire, enfant), María Sánchez Aroca (Riquitina), Fernando Sánchez Polack (Vilairo), Porfiría Sanchís (Vigaira), Valentín Tornos (le guérisseur), Pilar Vela (Sabina),  María Vico (Queiruga), Frank Braña (non mentionné au générique)
 

avec José Luis López Vázquez dans le rôle principal
&

I.- L'histoire


Au milieu du XIXème siècle Benito Freire (José Luis López Vázquez), humble colporteur galicien, va de village en village pour vendre ses marchandises. À l'occasion il rend de menus services notamment au notable Don  Nicolás de Valcárcel (Alfredo Mayo) en lui servant de messager pour des missives échangées secrètement avec Doña Pacucha (Amparo Soler Leal).  Pacucha, une vieille fille, vit chez son oncle, un abbé. Elle a été la première fiancée de Nicolás désormais marié et père de trois enfants. Benito souffre par ailleurs de terribles crises d'épilepsie qui lui font perdre connaissance. Il doit même un moment être hospitalisé. En allant récupérer des marchandises chez Doña Gabriela (María Fernanda Ladrón de Guevara), la belle-mère de Don Nicolás, Freire vole une boite à musique. Découvert il tente de se disculper en donnant une lettre compromettante de Valcárcel.

À l'occasion le colporteur chemine avec un pasteur anglais nommé Robert (John Steiner) qui parcourt la Galice pour y découvrir ses coutumes et légendes très particulières par rapport au reste de l'Espagne. Mais Freire a un comportement inquiétant qui fait prendre la fuite à l'Anglais qui commence à se poser des questions. Bientôt l'abbé (Antonio Casas) du village d'origine de Freire commence à avoir de sérieuses inquiétudes quand son enfant de coeur lui apprend qu'il a trouvé le colporteur seul dans sa tournée alors qu'il devait accompagner une jeune femme et sa fille à la ville. Il est encore plus troublé quand il lui est rapporté que Freire à quitter la ville avec Doña Pacucha qui depuis a disparu.  Il part à la recherche d'indices et découvre des corps avec l'aide d'un paysan, frère d'une autre disparue. L'abbé organise alors une battue. Benito Freire est finalement rattrapé, le pied pris dans un piège à loup. Il est ramené au village pour être livré à la justice.

Nicolás de Valcárcel (Alfredo Mayo) utilise le colporteur Benito Freire (José Luis López Vázquez) comme messager

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II.- Remarques


2.1.- Origine du scénario

L'histoire racontée dans "El bosque del lobo" a pour origine un fait divers de l'époque du règne d'Isabelle II d'Espagne, une affaire judiciaire devenue roman un siècle plus tard.

2.1.1.- Le roman "El bosque de Ancines" de Carlos Martínez-Barbeito

Le film est tiré du livre de l'écrivain espagnol d'origine galicienne Carlos Martínez-Barbeito (La Corogne 1913-1997), qui était également, à la suite de son grand-père et de son père, un très grand bibliophile. Il contribua en effet à la conservation d'une extraordinaire collection d'environ 11 000 livres allant du XVIème jusqu'au milieu du XX siècle
relatifs à la Galice, imprimés en Galice ou d'auteurs galiciens (Collection devenue l'un des fonds de la bibliothèque de la Fondation Pedro Barrié de la Maza à Vigo). 
Carlos Martínez-Barbeito eut ainsi l'opportunité de lire des écrits concernant un certain Manuel Blanco Romasanta originaire de la région d'Orense (Galice). Cet individu, sous le règne d'Isabelle II d'Espagne, avoua treize meurtres perpétrés dans des conditions horribles et déclara s'être transformé pour cela en loup-garou. Carlos Martínez-Barbeito sut transposer avec talent des documents à caractère professionnel en un roman qui fit partie des livres sélectionnés pour le prix "Nadal" 1945 remporté par Carmen Laforet avec son ouvrage "Nada".

"El bosque de Ancines"
de Carlos Martínez-Barbeito fut édité pour la première fois en 1947 puis connut une réédition plus largement diffusée en 1966.  Le roman reprenait globalement les faits en insistant sur les moeurs de l'époque, l'isolement et la pauvreté de la province d'Orense, la superstition de ses habitants et la survivance d'après l'auteur de vieilles pratiques de sorcellerie. Par contre les noms des protagonistes et des lieux avaient étaient changés.

À la fin des années soixante Carlos Martínez-Barbeito fut contacté par Juan Antonio Bardem qui envisageait de faire une version filmée du roman. Mais c'est finalement Juan Antonio Porto, réalisateur de courts métrages télévisés comme "Érase una vez... Los Brincos" (1962) mais également scénariste,  et le jeune réalisateur Pedro Olea qui menèrent à bien le projet.  Le film fut présenté au festival international du film de Valladolid en 1970 où il fut primé. L'autorisation d'exploitation en salle ne lui fut cependant donnée qu'en 1971 compte tenu, pour l'époque, des thèmes abordés (Images d'une Galice misérable et superstitieuse, meurtres particulièrement épouvantables). Le scénario avait cependant déjà été modifié pour limiter  certaines scènes dont les cinéastes et les spectateurs sont devenus, ou se doivent d'être, aujourd'hui très friands!

"El bosque de Ancines"
de Carlos Martínez-Barbeito
2ème édition de 1966 par Destino SA Barcelone Collection Áncora & Delfín.
DVD Divisa Home Video 2007
El bosque del lobo (1971) de Pedro Olea
avec José Luis López Vázquez
dans le rôle du tueur en série

2.1.2.- Le vrai tueur en série et son procès

Benito Freire, le tueur en série interprété par José Luis López Vázquez dans le film, s'appelait en réalité Manuel Blanco Romasanta. Il était né en 1810 dans le petit village de Regueiro, à une dizaine de kilomètres d'Allariz et d'Orense. Il semble qu'il ait eu pour l'époque une bonne  instruction, sachant lire et écrire. D'abord tailleur, il se maria en 1831 mais il était déjà veuf et sans enfant trois ans plus tard. Il se fit alors marchand ambulant. Il commit un premier meurtre, celui d'un garde civil. Condamné à dix ans de prison il réussit à s'échapper. Et il se refit une vie dans des paroisses isolées de Galice où il se faisait remarquer par son côté serviable et sa dévotion. En 1846 il commença sa série de crimes horribles (ou tout au moins ceux qui seront recensés) en procédant toujours de la même manière. Il se proposait de conduire ses futures victimes à la ville où il leur avait trouvé une opportunité d'embauches comme domestiques. Durant le trajet, il les tuait, les déshabillait, gardant les vêtements et les objets de valeur pour les revendre. Puis il dépeçait et même dévorait en partie les corps comme l'aurait fait un loup. Les soupçons sur l'identité de l'assassin se concrétisèrent quand les frères d'une des victimes reconnurent les vêtements de leur soeur. Se sentant traqué Manuel Blanco Romasanta quitta alors la Galice. Mais la Garde Civile réussit à le localiser et il fut finalement arrêté en 1852 dans la province de Tolède (à l'époque en Nouvelle-Castille).

 
Lors de son procès Romasanta déclara avoir tué treize personnes et s'être à chaque fois transformé en loup-garou mais seulement neuf meurtres lui furent formellement attribués dont ceux de deux enfants. Pour l'époque, le procès fut exemplaire et le juge chargé de l'instruction, sur demande de l'avocat de la défense, sollicita plusieurs expertises médicales de praticiens de la région alors même que stricto sensu la médecine légale n'existait pas encore officiellement et a fortiori les psychiatres experts. Il y eut même des reconstitution sur les lieux des crimes. Le tribunal condamna à mort le colporteur en 1853. Mais l'affaire fit grand bruit dans les journaux. C'était d'ailleurs la seule affaire de ce type jamais jugée par un tribunal espagnol. Un psychiatre français semble-t-il aujourd'hui identifié comme Joseph-Pierre Durand de Gros (1826-1900), qui après s'être exilé un temps au Royaume Uni avait pris le pseudonyme de Dr.Philips, sollicita un examen de Romasanta. À cet effet Isabelle II fit commuer la peine de mort en prison à perpétuité.

Comme quoi dans une Espagne jugée pourtant arriérée par le reste de l'Europe, la justice se posait déjà le problème de la responsabilité par rapport à la démence au moment des faits, et plus particulièrement par rapport à cette maladie mentale terrifiante qu'était la schizophrénie et dans ce cas précis l'une de ses formes,  la lycanthropie, terme dérivé des mots grecs  λύκος (loup) et άνθρωπος (être humain).
 
Une prison fut construite spécialement pour l'ancien colporteur. Il y mourut semble-t-il en 1854.

POUR EN SAVOIR PLUS:

Nous vous recommandons le site www.ourensedixital.com (en galicien et espagnol) patronné par la Junte de Galice - Province d'Orense, et son très complet dossier sur Manuel Blanco Romasanta et plus particulièrement les écrits des Docteurs David Simón Lorda et Gerardo Flórez Menéndez intitulés " Le loup-garou d'Allariz (Orense), 1853 : une vision à partir de la psychiatrie d'aujourd'hui".


2.2.- Le réalisateur Pedro Olea

Pedro María Olea Retolaza est né à Bilbao au Pays Basque espagnol en 1938. Diplômé de l'École Officiel de Cinématographie (EOC) de Madrid, il fit ses premiers pas en réalisant des documentaires pour la télévision espagnole. Puis il commença par des comédies de fiction avant d'aborder le genre dramatique comme dans "El bosque del lobo" qui est son troisième long métrage. Il a, à ce jour, une filmographie de près de 25 titres dont  quelques uns produits par la télévision.

Ce réalisateur s'est souvent attaché à l'étude de personnages à la double personnalité. On lui doit notamment "Pim, pam, pum... ¡fuego!" (1975) avec Concha Velasco et Fernando Fernán Gómez; mais aussi "Un hombre llamado Flor de Otoño " (1978) avec José Sacristán dans le double rôle-titre; El maestro de esgrima" (1992) récompensé aux Goya, d'après l'œuvre d'Arturo Pérez-Reverte, avec Omero Antonutti, Assumpta Serna et Joaquim de Almeida; et "Morirás en Chafarinas" (1995) avec Jorge Sanz.


2.3.- Quelques uns des acteurs

2.3.1.- 
José Luis López Vázquez
 
José Luis López Vázquez (Madrid 1922-2009) est un comédien aux multiples rôles et récompenses cinématographiques ainsi également un des vieux compères d'Alfredo Mayo comme dans notamment "Peppermint frappé" (1967) de Carlos Saura. Il interprète ici avec le talent qu'on lui connaît, même s'il a tourné un grand nombre de comédies, le rôle particulièrement complexe d'un être humain capable de commettre l'innommable. Il  paraît très ressemblant au vrai Manuel Blanco Romansanta tel qu'il est décrit dans les documents d'époque. C'est à dire : un homme de petite taille, pas très beau, mais intelligent, apparaissant comme timide et facilement dévot, rendant service dans les fermes et s'attirant l'indulgence des femmes.

Pour sa prestation dans "El bosque del lobo" José Luis López Vázquez  fut  justement récompensé en
1972 par le prix  "Sant Jordi" de Barcelone (Meilleure interprétation dans un film espagnol) et le prix des "Fotogramas de plata" (Meilleur interprète de cinéma espagnol).

2.3.2.- Antonio Casas (1911- 1982)

Également grand comédien espagnol, Antonio Casas est né à la Corogne en Galice.  Il ne faut pas le confondre avec Antonio Casal, lui aussi galicien mais d'un an son aîné et originaire de Saint Jacques de Compostelle.  Antonio Casas se destina d'abord à la marine marchande. Il fut aussi joueur de football (Atlético de Madrid) avant d'arriver par hasard sur un plateau de cinéma dans l'immédiat après-guerre civile. Ce fut le début d'une très longue carrière tant devant les caméras que sur les planches puis à la télévision. Contemporain d'Alfredo Mayo, il tourna de nombreux films avec lui dont "Un caballero famoso" (1942); "El santuario no se rinde" (1949); "Juanito" (1960), "Call girl" (1976). Il fit également un carrière internationale en Italie (péplums et westerns spaghetti avec notamment "Le bon, la brute et le truand" - 1966, de Sergio Leone, avec bien sûr Clint Eastwood), en Allemagne, en France (Boulevard du rhum - 1971, de Robert Enrico avec Brigitte Bardot et Lino Ventura). Luis Buñuel le dirigea dans "Tristana" (1970) avec Catherine Deneuve, Franco Nero et Fernando Rey.

Dans "El bosque del lobo", il est plus vrai que nature en curé de campagne simple et énergique qui tente d'aider au mieux ses ouailles confrontées à l'horreur dans une Galice pauvre et isolée. On ne pouvait choisir meilleur acteur pour ce rôle!  

2.3.3.- Et parmi beaucoup d'autres...

Dans la distribution il a y également Amparo Soler Leal que l'on retrouvera avec Alfredo Mayo dans notamment "Marianela" (1972) et qui fera partie la même année de la distribution de "Le Charme discret de la bourgeoisie" de  Luis Buñuel.  Citons aussi la grande comédienne María Fernanda Ladrón de Guevara, mère à la ville d'Amparo Rivelles et de Carlos Larrañaga. Ce sera son dernier film de même que pour l'Argentin Manuel Granada qui commença une carrière devant les caméras au temps du muet à Hollywood sous le nom de Paul Ellis. Il fit notamment partie de la distribution de "Su última noche" (1931) avec Ernesto Vilches et Conchita Montenegro.
 
2.3.4.- John Steiner

Cet acteur britannique (1941) est d'abord apparu dans des téléfilms ou feuilletons de la BBC. À l'époque du tournage du "Bosque del lobo" il n'est pas encore très connu à l'international. Citons cependant "The persecution and assassination of Jean-Paul Marat as performed by the inmates of the asylum at Charenton under the direction of the Marquis de Sade" (1966) de Peter Brook, et "Une jeune fille nommée Julien" (1970) de Tonino Valerii, également réalisateur de "Folie meurtrière" (1972). Dans les années 70-80 John Steiner se fera l'interprète de rôles ambigus ou de méchants notamment pour le cinéma italien. Il est donc presque ici à contre-emploi même si son aspect assez enigmatique peut contribuer à l'ambiance déjà pesante du film.

2.3.5.- Alfredo Mayo

Notre acteur favori en ce début des années 70 traverse une période de tournage très galicienne avec la comédie "En la red de mi canción" de Mariano Ozores et ce drame de Pedro Olea. Et bien sûr, il se voit confier le rôle de ce notable bien plus préoccupé de ses aventures extraconjugales que du comportement bizarre et lourd de conséquence du colporteur. Son rôle semble avoir étoffé par rapport documents ayant servi de base au film mais c'est pour notre plus grand plaisir.

2.4.- Notre avis sur le film

  • Pedro Olea fait une présentation très intéressante du colporteur qu'il montre dans toute sa complexité :  sa sensibilité presque anormale  dès l'enfance (scène de la saillie de la jument), son épilepsie (Romansanta était-il en plus de schizophrène également épileptique?), mais aussi ses côtés peu reluisants (histoire de la boite à musique, etc).
  • Le réalisateur met l'accent sur la spécificité galicienne (les joueurs de cabrette) mais aussi sur le côté arriéré et la pauvreté de la province (scène avec les mouches, le nain et le cul de jatte dans l'auberge), la superstition (cérémonie mortuaire avant l'arrivée du  curé;  soit disant sorcière qui prépare des remèdes, etc). Néanmoins l'on peut se dire, au vu de la découverte contemporaine de tueur en série, que les provinces réputées arriérées ne sont pas les seuls endroit où des déments de l'acabit de Manuel Blanco Rosamanta commettent des meurtres...
  • On notera le petit coup de patte à la religion catholique quand le curé dit au pasteur qui ne veut pas le voir traîner dans sa paroisse. Mais que vient-il donc faire dans l'histoire ce pasteur? N'est-ce pas pour montrer aux spectateurs que face à l'obscurantisme papiste espagnol, l'esprit de raison vient de l'étranger et notamment d'un Anglais qui étudie presque en ethnologue les paysans galiciens. Cet esprit de raison aurait-il été apporté dans la réalité du fait divers par le psychiatre dit Philips? En tout cas le rôle du pasteur permet au film d'avoir une distribution internationale avec John Steiner qui,  avec sa silhouette longiligne, son visage bien pâle et ses cheveux bien blonds, ne peut vraiment pas renier ses origines!
  • Il nous faut aussi souligner l'excellence des prises de vue, la somptuosité des décors naturels à la campagne comme à la ville, les costumes et les atmosphères très bien reconstitués. La musique d'Antonio Pérez Olea quant à elle ponctue parfaitement les scènes et contribue à l'atmosphère angoissante de l'histoire. Bref, vraiment du très bel ouvrage pour un si jeune réalisateur.
III.- Conclusion

Même si "El bosque del lobo" de Pedro Olea est d'une conception encore un peu académique avec quelques longueurs, c'est à notre avis le meilleur film jusque là réalisé sur le vrai colporteur galicien. Le thème a été traité d'une manière contenue (certains évoqueront la censure des années 70 en Espagne), mais loin de nuire c'est pour nous un atout. En effet, sans séquences que nous pourrions qualifier de voyeuristes puisque dans la réalité leur auteur accomplissait ses actes en se cachant (massacres des victimes), le film en devient plus terrible car il met en évidence dans un quotidien ordinaire la schizophrénie.

En effet "El bosque del lobo" par l'intermédiaire de l'excellent comédien 
José Luis López Vázquez évoque l'une des maladies mentales les plus effrayantes qui puissent exister et qui au XXIème siècle fait toujours la une de l'actualité lors de faits divers particulièrement sanglants. Cette maladie (qui commence à se manifester ses premiers symptomes lorsque les patients sont âgés de 18-30 ans) pour l'instant incurable reste très mal connue même s'il existe des possibilités de médicamentation (plus pour tranquiliser que pour guérir) bien sur inexistantes à l'époque de Romasanta.  Et les financements pour la recherche et les soins, de même que pour le soutien des proches des malades, sont bien moins importants que pour d'autres maladies peut-être moins répandues,  ou pour la mise en oeuvre de traitements, de soins ou de chirurgie et d'interventions médicales souvent de confort. Que ce film nous permette d'y réfléchir...et de faire des choix à l'occasion de dons.

Mais l'histoire du colporteur galicien n'a pas fini de fasciner l'imaginaire. Ainsi en 2004
Alfredo Conde Cid, écrivain espagnol de langues galicienne et castillane, né en 1945 à Allariz, donc dans la région même où se déroulèrent les faits un siècle plus tôt, écrit "Romasanta. Memorias incertas do home lobo" (Romasanta. Mémoires incertaines du loup-garou) en imaginant les supposées mémoires du dément.  L'ouvrage est aussitôt adapté au cinéma par Paco Plaza qui tourne directement en anglais une coproduction hispano-anglaise intitulée "Romasanta, la caza de la bestia/Romasanta, the werewolf hunt" (2004).

Edition en castillan de  "Romasanta. Memorias incertas do home lobo" d'Alfredo Conde Cid
 Destino SA Barcelone Collection Áncora & Delfín.


Dans le film de 2004, le rôle du colporteur galicien a été confié, à notre grande surprise, au très improbable Julian Sands. Et nonobstant les indéniables qualités du beau comédien britannique, le personnage ainsi présenté n'a évidemment rien de comparable avec le Romasanta de Pedro Olea, sans doute plus proche de la réalité dans toute son horreur. Aussi cette nouvelle version, bien plus exportable et rentable que "El bosque del lobo" sorti en 1971,  nous semble  pourtant beaucoup moins réaliste, et cela malgré l'esthétisme des images, la performance d'acteur de John Sands en bel ange déchu, de ses victimes bien proprettes et du psychiatre (en fait français) évoqué, le professeur Philips joué par David Gant...

DVD espagnol, anglaise, français et italienne -  2008
du film "Romasanta, la caza de la bestia/Romasanta, the werewolf hunt" (2004) de Paco Plaza
avec Julian Sands dans le rôle du tueur en série

Aussi vous ne serez pas étonnés si nous terminons cette page en précisant que les films, même aux effets spéciaux d'une incroyable ingéniosité, qui montrent actuellement des loups-garous (et autres horribles créatures) dans des scènes insistant sur l'irrationnel et qui sont d'une cruauté à la limite du pervers, ne sont pas du tout de notre goût.
La nature humaine malade est déjà bien assez épouvantable, ce n'est pas la peine d'en rajouter pour perturber les esprits fragiles et pour un plaisir des spectateurs pour nous incompréhensible .

Alors retrouvons aussi la Galice avee la bonne humeur de
Mariano Ozores qui planta lui aussi ses caméras au début des années 70 dans cette très belle région d'Espagne, mais pour tourner une comédie "En la red de mi canción", avec le chanteur galicien Andrés do Barro, accompagné de Concha Velasco et bien sûr d'Alfredo Mayo!

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Page écrite le : 12/02/2009 - Dernière mise à jour le : 31/03/2009
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